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Témoigner la guerre et réagir face à sa représentation @Centre Photographique d'Ile-de-France

par Marie de la Fresnaye 19 Novembre 2015, 16:43

©Estefanía Peñafiel Loaiza Kader Attia Alexis Cordesse vue de l'exposition, vernissage presse le 13 novembre 2015.
©Estefanía Peñafiel Loaiza Kader Attia Alexis Cordesse vue de l'exposition, vernissage presse le 13 novembre 2015.
©Estefanía Peñafiel Loaiza Kader Attia Alexis Cordesse vue de l'exposition, vernissage presse le 13 novembre 2015.
©Estefanía Peñafiel Loaiza Kader Attia Alexis Cordesse vue de l'exposition, vernissage presse le 13 novembre 2015.

©Estefanía Peñafiel Loaiza Kader Attia Alexis Cordesse vue de l'exposition, vernissage presse le 13 novembre 2015.

L'artiste Kader Attia s'est récemment exprimé depuis Berlin où il vit et travaille sur les voies de progression de l'extrémisme dans nos sociétés capitalistes néolibérales. Selon lui, l'instantanéité des images et la progression technologique sans précédent favorise cette politique de la peur. L'une de ses oeuvres fait partie de la confrontation exemplaire et pertinente lancée par le Centre Photographique d'Ile de France sous le titre "A fendre le coeur le plus pur Témoigner la guerre". Pierre Schill, historien à la découverte d'une archive inédite sur le conflit colonial entre le Royaume d'Italie et l'Empire ottoman en 1911 à Tripoli (l'actuelle Libye) décide d'associer écrivains, chorégraphes et artistes plasticiens à une réflexion croisée sur l'impact de l'archive, l'histoire et ses béances et la puissance narrative de ces images. Le reporter français Gaston Chérau, alors envoyé par le quotidien Le Matin sur place confie à son épouse "j'ai encore vu des choses à fendre le coeur le plus pur"faisant preuve d'empathie et d'effroi face au spectacle de la violence. Cent ans après quelle est la place du spectateur dans un présent si marqué par les traumatismes ? Comment transmettre la douleur d'autrui pour reprendre la problématique soulevée par Susan Sontag ? Jusqu'où montrer l'indicible ? Autant de questions réactivées par ces images tragiques dont nous devenons otages si nous ne faisons pas preuve de recul et de discernement dans ce flux en boucle. Des écueils soulevés par les artistes Kader Attia en tête et ces prothèses ou pouvoir de réparation souvent à l'oeuvre, Adam Broomberg & Olivier Chanarin autour de la survivance de l'image (exécution de 11 prisonniers kurdes en août 1979), Agnès Geoffray (insoutenables gisants), Lamia Joreige (ruines de la guerre du Liban et mémoire oblitérée) ou Rosella Biscotti (charniers de massacre de résistants éthiopiens par les troupes coloniales italiennes en 1939). L'oeuvre qui m'a le plus frappée est celle d'Estefania Penafiel Loriza "d'un regard l'autre" autour d'images extraites du film La Bataille d'Alger de 1966 dont elle a décomposé une seconde en 25 images fixes, celle du regard de la jeune fille, dissiminé ensuite en 25000 impressions sur papier. Cette masse dormante d'images éclairées partiellement dans

une semi obscurité prend une dimension spectrale au fort pouvoir évocateur.

L'exposition se poursuit dans la création littéraire spécialement écrite pour l'occasion par Jérôme Ferrari (prix Goncourt 2012) et Olivier Rohe "A fendre le coeur le plus dur" aux éditions Inculte.

Infos pratiques :

A fendre le coeur le plus dur

Témoigner la guerre/regards sur une archive

Centre Photographique d'Ile-de-France

(Pontault-Combault)

Temps forts de l'exposition : http://www.cpif.net/

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