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©Luc Schuhmacher Géraldine Cario Thomas Hirschhorn Pia Rönicke Anthony Lycett
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©Luc Schuhmacher Géraldine Cario Thomas Hirschhorn Pia Rönicke Anthony Lycett

Toutes des femmes et galeristes ! et je n'ai pas fait exprès, pour commencer l'année en force. Séverine et Delphine qui pilotent la destinée de Backslash, fer de lance de la rue Notre Dame de Nazareth proposent avec "Plus bas que terre" de Luc Schuhmacher un instant rare qui se mérite et s'apprivoise où les confidences tissent un fil ténu dans l'écheveau de nos mémoires. "Vous n'êtes pas Luc, vous êtes Samuel"erreur administrative, déni familial, poids de la béance qui s'ouvre. "Votre prénom ne correspond pas à celui de votre acte de naissance" et à partir de là le désespoir. Des séries de dessins rageurs, d'archives personnelles, de coupures de presse au ras du sol et au mur des enregistrements sonores que l'on actionne. Des histoires sous anesthésie qui penchent du côté de Michaux et l'écriture sous mescaline dans une semi obscurité. Cauchemar éveillé, dérive cathartique, art thérapie ? à chacun de laisser libre cours à son interprétation.

Proche de là, Marie Lelouche (Alberta Pane) entretient également un rapport au medium sonore avec La forme en creux où il est question de corps fantômes, de dédoublement de l'espace, de vibrations. Expérience inédite où le spectateur voyage dans les strates d'un volume, d'un paysage, d'une silhouette pour se laisser "toucher de l'intérieur". Les sons deviennent alors des voies de passage pour l'artiste autant fascinée par la télépathie, l'espace interstellaire ou l'intelligence artificielle. Des phénomènes qu'elle confronte à des spéculations plus contemporaines. Aux confins de l'art et de la science elle inscrit une nouvelle écriture du réel à partir de motifs saillants en surface. Le macro et le micro, le temps et l'espace, l'intuition et la connaissance, le réel et le virtuel autant de paramètres qu'elle met à rude épreuve pour repenser sa pratique toujours et encore et réécrire une nouvelle histoire de la sculpture au delà de toute limite.

Voir l'exposition de Géraldine Cario chez Laure Roynette à travers la plume de Marc Lambron est une merveille. Ces "éclats, énigmes" rescapés de l'histoire intime de l'artiste (sa grand tante a échappé à la Nuit de Cristal dans cette Mitteleuropa dont elle est l'héritière) qui rejoint la grande histoire universelle celle du pillage, de l'exode, des frontières traversées. Fragments intimes qu'elle collecte et épingle dans des sortes d'autels. Tessons de vaisselle, pipes, cheveux,clés, chandeliers, paires de lunettes .. des ex votos pour une mémoire défunte qu'elle met en scène dans de grandes boîtes comme une archéologue face à des fossiles. Impossible réparation face à l'oubli ? L'oeuvre "Memory Box" est la plus frappante de l'emprise de cette mimesis de l'art et de son propos. Ces boîtiers des années 1930 alignés tels des spécimens anonymes nous disent en même temps l'incroyable pouvoir de cet instrument révélateur du pire comme du meilleur à venir. L'ombre de G. Didi Huberman plane sur ces images manquantes et leur part dans l'histoire, rehaussées par le contraste du noir et du blanc. Vertigineux !

Autres images à charge et pas des moindres avec Thomas Hirschhorn chez Chantal Crousel, celle des corps humains détruits et volontairement "floutées ou pixélisées" au non de la nécessaire distanciation au monde et de "l'hyper sensibilité" actuelle. Qu'est ce qu'une image acceptable ? au nom de quel confort ou luxe devient t-on résigné face à la cruauté faite à un être humain ? Y a t-il une classification des victimes ? Pourquoi dans l'urgence et l'immédiateté le critère de qualité s'efface et gomme toute approche photojournalistique ? Que nous dit la tendance à l'iconisme de certaines images ? Une démarche de résistance à valeur de manifeste à voir en toute conscience. Public non averti s'abstenir.

Saviez-vous que depuis le commencement de la guerre civile en Syrie "plus de 80 graines de récolte (culture) de valeur conservées dans la banque génétique d'Alep ont été transposées dans les coffres forts de Seed global à Savbald en Norvège pour assurer leur préservation ? (22 avril 2014). C'est l'angle que choisit l'artiste Pia Rönicke (Gb agency) qui a produit des herbiers et également un film sur la trajectoire de ces plantes et les données géopolitiques observées. Comme une tentative de retenir ces espèces et frontières ou territoires qui évoluent ou disparaissent. Comme lorsqu'elle collectionne les histoires dans des journaux de nature éphémères. Une pratique quotidienne assortie d'une dimension éthique et politique pour cette artiste danoise engagée découverte au Palais de Tokyo en 2003 dans l'exposition collective de Nicolas Bourriaud "Global Navigation System". The Pages of Day and Night, titre de l'exposition est emprunté à un recueil de poèmes de l’écrivain syrien Adonis de 1994. Il vit en exil depuis 1956.

Enfin, Isabelle Gounod avec le photographe anglais Anthony Lycett qui joue du dandysme et du travestissement est sans doute un bel hommage à David Bowie, un génie que je ne cesserai de regretter. La série "Self Styled" entamée en 2008 où il met en scène des gens croisés dans les rues de Londres dans leurs attributs d'excentriques, gothiques, punks.. est assez fascinante. Un peu comme les face hunters ou premiers bloggueurs qui traquaient les silhouettes à la sortie des défilés, sauf qu'ici l'approche est plus anthropologique. Entre Style victorien ou haute Epoque cher à Oscar Wilde on flirte à présent sur les idoles du cinéma ou people du hip hop. Tout est question d'image et de caractère...

Infos pratiques :

Luc Schuhmacher,

Plus bas que terre jusqu'au 6 février 2016

Marie Lelouche,

La forme en creux jusqu'au 30 janvier 2016

Géraldine Cario,

Réparation jusqu'au 30 janvier 2016

Thomas Hirschhorn,

Pixel-Collage jusqu'au 26 février 2016

Pia Rönicke

The Pages of Day and Night, jusqu'au 16 janvier 2016

Anthony Lycett

Self Styled, jusqu'au 27 février 2016

Tag(s) : #Expositions Paris

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