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Daniel Buren face à l'histoire des avant-gardes@BOZAR

par Marie de la Fresnaye 21 Février 2016, 09:54 Expositions International

©Daniel Buren : photo-souvenir, affiche BOZAR printemps 2016 ©CCStrombeek A tiger cannot change its strips.
©Daniel Buren : photo-souvenir, affiche BOZAR printemps 2016 ©CCStrombeek A tiger cannot change its strips.
©Daniel Buren : photo-souvenir, affiche BOZAR printemps 2016 ©CCStrombeek A tiger cannot change its strips.
©Daniel Buren : photo-souvenir, affiche BOZAR printemps 2016 ©CCStrombeek A tiger cannot change its strips.
©Daniel Buren : photo-souvenir, affiche BOZAR printemps 2016 ©CCStrombeek A tiger cannot change its strips.
©Daniel Buren : photo-souvenir, affiche BOZAR printemps 2016 ©CCStrombeek A tiger cannot change its strips.

©Daniel Buren : photo-souvenir, affiche BOZAR printemps 2016 ©CCStrombeek A tiger cannot change its strips.

Pour ceux qui s'attendent à voir du Buren, méfiez-vous des apparences ! Cette vaste exposition de 50 ans de création que lui offre le palais des Beaux Arts de Bruxelles est tout sauf une rétrospective et les fameuses bandes verticales blanches et colorées larges de 8,7 cm, son "outil visuel" et marque de fabrique restent à l'entrée du panorama, comme si l'enjeu était résolument ailleurs. Il n'empêche que le hall Horta qu'il contextualise et révèle de la sorte en ressort magnifié comme toujours.

  • L'Exposition collective sous forme de spectre :

"Une fresque" titre qu'il a choisit pose d'emblée la problématique de l'histoire avec conscience et volonté de s'y inscrire mais par le biais redoutablement efficace de l'autoportrait sous la forme d'un jeu de piste conceptuel dans lequel le visiteur devient partie prenante. La règle parait simple, encore faut-il aimer avancer par déduction et sans joker, en l'occurrence les cartels absents, parmi ces 105 oeuvres référentes dans la vie et le travail de Buren. Des artistes, vivants ou non classés en 3 catégories : ceux rencontrés au début de sa pratique (parmi lesquels Chagall et Picasso), ceux qui sont devenus ses alter ego (les minimalistes américains qu'il vénère et les belges assez nombreux) et enfin les plus jeunes dont certains sont ses étudiants ou ont exposé avec lui. Les choix sont volontairement subjectifs et les "exclusions"assumées (dont Duchamp et les surréalistes). Tout se joue alors dans l'accrochage par ordre strictement alphabétique à partir de la 1ère salle, baptisée salle des Empreintes, ces formes matricielles qui se voient dupliquées par la suite dans les salles suivantes : les ombres et lumières, à travers des sortes de filtres qu'il imagine en négatif et positif. Détournant ainsi les conventions institutionnelles de l'accrochage l'artiste réfute toute chronologie et hiérarchie pour laisser place au hasard. En effet Daniel Buren souligne qu'une oeuvre d'art selon son emplacement, n'a pas la même force ou signification et que ce ne sont pas les artistes eux-mêmes qui peuvent décider de avec qui ils vont partager les cimaises. Qui a agi ici ? et dans quel but ? en quoi cela affecte t-il le regardeur ?

Au delà de l'amitié et l'admiration, la question de la filiation est omniprésente et en cela Buren joue habilement avec ses fantômes (la plupart de ses travaux étant intransportables ou détruits) de Cézanne à Pierre Huyghe, traversant les -ismes dans ce dialogue inédit et iconoclaste respectant uniquement la position de l'oeuvre quand elle est dictée par l'artiste (hauteur des yeux par exemple). Chacun peut alors dessiner des nouvelles lignes de perspective ou s'interroger sur certains voisinages (Bernard Bazile et les Becher ou John Baldessari et Roger Chastel, André Matisse et André Masson) mais force est de constater que les prêts obtenus sont de haut vol, comme dans la sublime allée centrale entre un igloo de Mario Mertz et un Richard Long de toute beauté. D'autres rapprochements fonctionnent et invitent à une relecture de la question du goût : Agnes Martin et Giuseppe Penone ou Brancusi et Hantaï. Il serait intéressant de savoir ce que Sophie Calle pense d'être épinglée avec Pascal Convert, peut être en tirerait-elle une nouvelle fiction ?

  • Le film et le libretto :

Deuxième chapitre de cette démarche, le film d'une durée de 3 heures et 33 minutes, résultat d'une énorme compilations d'images, de photo-souvenirs, d'interviews et de commentaires de l'artiste sur les quelques 2500 expositions ( et oui !) réalisées dans le monde entier. Cette fresque en mouvement s'articule autour des grands concepts qui irriguent son oeuvre : traverser, filmer, déplacer, placer, replacer, axer, désaxer, paysage emprunté...et peut être vue dans une salle offerte à tous. Elle se voit complétée d'un libretto faisant office de catalogue sous le format plus souple d'un quotidien retraçant ses voyages et différentes réalisations.

  • Daniel Buren à Bruxelles et au Museumcultuur Strombeek/gent : déplacements

Daniel Buren a des liens forts avec Bruxelles et l'on peut toujours admirer quelques une de ses réalisations place de la Justice, au théâtre royal de la Monnaie ou hôtel des galeries. C'est dans l'une des communes avoisinantes que l'on peut découvrir sa dernière oeuvre in situ au museum Cultuur de Strombeek/Gent "A Tiger cannot change its strips : un triptyque" selon les jeux de mots belges de rigueur. Grâce à un partenariat avec le S.M.A.K de Gent, ce musée développe une programmation ambitieuse depuis 2013 autour de 2 projets annuels et sur la base de la collection du SMAK. En écho à "Une Fresque" Daniel Buren transforme un espace de passage en une agora aux 92 piliers colorés et investit également le cabinet. Comme une extension de sa pensée BurenCircus sera réactivé à partir du 5 mars explorant la dimension performative . Bravo à Luk Lambrecht et son équipe d'impulser des projets de cette envergure ! Et ce sont deux artistes contemporains qui lui rendent hommage le néerlandais Krijn de Koning au sous-sol avec ces pièces sculptures spécialement pensées pour le lieu, que le public parisien avait apprécié au Centquatre l'année dernière et la grecque Athina Ioannou dans l'abbaye de Grimbergen et sa splendide église baroque flamande où ses fanions jaunes se déploient dans le choeur. à ne pas manquer !

L'héritage de l'avant-garde se poursuit au BOZAR avec Theo van Doesburg, l'un des fondateurs du mouvement De Stijl à la recherche de la fusion des arts, du rythme et de la dynamique des espaces. Vitraux, maquettes, dessins préparatoires, peintures explorent ces liens avec le mouvement dada, Mondrian, Schwitters et Lissitzky. Passionnant !

Infos pratiques :

DANIEL BUREN, une fresque

jusqu'au 22 mai 2016

BOZAR center for fine arts (Bruxelles)

BOZAR

A tiger cannot change its strips : un triptyque

Centre Culturel de Strombeek

Gemeenteplein z/n, 1853 Strombeek-Bever, België

Cultuurcentrum Strombeek

tous les jours de 10 à 22h.

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