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De la cécité à la lumière avec le tactile dans l'art @musée Tinguely

par Marie de la Fresnaye 13 Février 2016, 11:37 International Performance Body Art

©Ana Mendieta ©Renate Bertlmann ©Marcel Duchamp ©Pipilotti Rist ©Ulay ©LPh Demers ©Peter Overadt ©Jérôme Zonder  ©Francesca Woodman /Prière de Toucher ©museum Tinguely.
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Alors que la plupart des oeuvres d'art ne sont pas accessibles au public par le toucher, le musée Tinguely de Bâle propose de réparer ce manque à travers une exposition fleuve "Prière de toucher" qui s'inscrit dans son projet thématique dédié aux 5 sens. Une affiche séduisante mais qu'en est il vraiment sur place ? Excepté les moulages de sculptures antiques de la Skulpturhalle de Bâle que l'on peut effectivement appréhender ainsi que le fac similé de l'oeuvre de Pedro Reyes, l'expérience vécue est plus de l'ordre phénoménologique et transcendantale que physique. Il conviendrait donc mieux de parler de "regard tactile" face à ces 220 oeuvres, toutes provenances et époques confondues. Du Caravage à la Loïe Fuller, de Meret Oppenheim à Michael Landy, d'Yves Klein à Valie Export, le fil conducteur est Marcel Duchamp dont l'oeuvre donne le titre à cette ambitieuse et innovante exposition. Ses recherches autour de l'empreinte ouvrent un vaste champ d'expérimentations dont se réclament de nombreux artistes ; la peau comme membrane ou enveloppe, l'épiderme comme matériau plastique et le traitement du corps qui devient l'élément central. Ce parcours s'ouvre et se referme sur la parabole des aveugles, chère à Brueghel et d'inspiration biblique reprise par Javier Tellez dans sa video "Letter on the Blind, For the Use of Those Who See" et Artur zmijenwski "Blindly"avec des témoignages forts de ce que cette privation engendre mais peut aussi décupler sur le plan artistique. Une ambivalence incarnée par la fantastique plongée dans le dessin de Jérôme Zonder, révélé avec "Fatum" à la Maison Rouge en 2015. La main, le geste, l'ombre et la lumière, la peau et l'en-deçà dans ce couloir/antichambre, prologue qui nous conduit au néon de Bethan Huws "Pierre de touche", pierre angulaire du carrefour entre les allégories baroques, les objets rituels et religieux et l'histoire des avant-gardes se saisissant du corps et de la performance.

Le motif allégorique des 5 sens a toujours été florissant dans l'art de la gravure du XVIè au XVIIè siècles. Le toucher était représenté par des animaux comme les araignées, tortues et serpents, par ailleurs considérés comme perfides ou des attributs pointus et tranchants. Mais la dimension érotique du toucher n'est pas forcément occultée comme chez Abraham Bosse. C'est le sublime "Incrédulité de St Thomas" du Caravage qui résume cette dialectique de la tactibilité du visible dans la pensée chrétienne. Thomas a besoin de toucher pour croire, de cette matérialité là, comme cela est repris plusieurs siècles plus tard dans la sculpture animée de Michael Landy (Young British Artists) "Doubting Thomas" qui rejoue le geste violent de cette pénétration de la chair.

Cela ouvre sur la portée rituelle du toucher dans les religions du "Noli me tangere" du Christ à Ste Marie-Madeleine : l'interdit qui ne vaut que pour les femmes, aux fétiches à clous nkisi Nkondi de la région du Congo chargés d'écarter les puissances néfastes et de faire office de protection ou figures d'acupuncture chinoises en lien avec la doctrine Taoiste ; des objets provenant du riche musée des Cultures bâlois rapprochés de la vidéo de Kader Attia "les oxymores de la Raison"autour de la question de l'irréparable dans la psyché moderne occidentale et extra-occidentale traditionnelle (13è Biennale de Lyon).

La section consacrée à la question de l'empreinte tactile, du corps et de la performance dans les années 60 et 70 est la plus dense (trop peut être) et la plus magistrale, (avertissement : certaines oeuvres signalées peuvent choquer un jeune public). Elle s'ouvre sur les recherches photographiques autour de l'empreinte en mouvement dans la mouvance de Duchamp (Man Ray et les membranes textiles ou habits fluides) le concept de "tactilisme" de Marinetti, deux sculptures tactiles de Giacometti et le concept d'anthropométrie d'Yves Klein. Puis on aboutit au Body Art a résonance féministe ou politique exploré à travers de nombreux films et videos (une quarantaine au total dont beaucoup proviennent de la fameuse collection Sammlung Verbund de Vienne) comme chez Valie Export, Ewa Partnum, Carole Schneemann, Marina Abramovic, Renate Bertlmann, Chris Burden, Bruce Nauman, Peter Campus,Tania Bruguera ou Gina Pane ou à l'actionnisme viennois avec Günter Brus et Otto Muehl. On frise l'overdose mais cette frontalité et radicalité du propos est salutaire.

Retour à plus de douceur avec la série des Polaroïd "Retouching Bruises" d'Ulay qui entremêle empreintes corporelles et encre sur papier ou les clichés de Francesca Woodman d'une grande maîtrise esthétique. Contact physique (hommage à Jean Tinguely et son labyrinthe dynamique pour le Stedelijk museum en 1962, vaste champ de ballons blancs ou Pedro Reyes "Cuerpomatico II"), plaisir tactile et sexualité (video Pickelporno de Pipilotti Rist), épiderme/enveloppe ("Temperance and Toil" de Zmijewski), extensions corporelles (video de Christian Eisenberger et Michael Niemetz),robotique (performance Inferno de Louis Philippe Demers), transe ou chatouillement (Springtime de Jeroen Eisinga avec les 150 000 abeilles sur son visage et mouches joueuses sur le corps par Yoko Ono "Fly") il est question de désir sous ses multiples interactions : être touché par l'autre et ses fantasmes, y compris par le danger qu'il incarne " Me and Aids" de Zmijewski. Le tout nous conduit jusqu'au formidable parcours /maison d'Augustin Rebetez, jeune prodige suisse dont l'oeuvre protéiforme et foisonnante envahit toute une partie du musée. Un corps/architecture et ses multiples ramifications dans lequel on peut interagir, évoluer et se perdre. En guise d'épilogue une très belle salle méditative qui confronte Ryan Gander (repli et cabane de l'enfance) à Giuseppe Penone et sa dramaturgie de la nature retrouvée et aux têtes modelées en négatif de Pedro Wirz (Swiss Art Awards 2015). Nécessaire introspection pour aborder la video finale d'Artur Zmijewski "Blindly" (Biennale de Venise 2013) et ainsi boucler la boucle sur une grande intensité émotionnelle. Ces aveugles de naissance ou non qui interagissent spontanément avec le medium de la peinture interrogent la faculté d'expression et de reconnaissance. Notre voyage intérieur sensoriel s'achève sur cette question : qu'est-ce que voir et être vu, toucher et être touché. Incantation puissante et parfois perturbante qui scande ce panorama singulier qui met à l'honneur notre sens le plus primitif et ancien, trop souvent occulté dans nos sociétés contemporaines et invite à sortir de notre zone de confort.

Pari réussi !

Un symposium interdisciplinaire complétera l'exposition autour du "tactile dans l'art" les 8 et 9 avril prochains.

Infos pratiques :

PRIERE DE TOUCHER

Le tactile dans l'art

Tinguely museum (Bâle)

jusqu'au 16 mai 2016

Prochainement :

Michael Landy, Out of Order ( à partir du 8 juin)

http://www.tinguely.ch/fr

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