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Matérialité de l'invisible : art et archéologie@Centquatre

par Marie de la Fresnaye 14 Février 2016, 17:56

©Nathalie Joffre ©Julie Ramage ©Johann Le Guillerm ©Hicham Berrada ©Agapanthe©Ronny Trocker /Matérialité de l'invisible Centquatre.
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©Nathalie Joffre ©Julie Ramage ©Johann Le Guillerm ©Hicham Berrada ©Agapanthe©Ronny Trocker /Matérialité de l'invisible Centquatre.
©Nathalie Joffre ©Julie Ramage ©Johann Le Guillerm ©Hicham Berrada ©Agapanthe©Ronny Trocker /Matérialité de l'invisible Centquatre.
©Nathalie Joffre ©Julie Ramage ©Johann Le Guillerm ©Hicham Berrada ©Agapanthe©Ronny Trocker /Matérialité de l'invisible Centquatre.

©Nathalie Joffre ©Julie Ramage ©Johann Le Guillerm ©Hicham Berrada ©Agapanthe©Ronny Trocker /Matérialité de l'invisible Centquatre.

Le Centquatre, en collaboration avec l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) dans le cadre du projet européen NEARCH présente une exposition collective autour d'un dialogue art et science nourri de rencontres entre des archéologues et spécialistes du patrimoine et des artistes en résidence ou invités. Les liens de l'homme à son environnement, à la nature, les mutations du paysage, la mémoire des lieux, l'empreinte et les différents régimes de temporalité sont autant d'axes de recherche et d'expérimentation investis par les artistes qui nous livrent le fruit de leur questionnement sous l'oeil averti de José-Manuel Goncalvès, directeur artistique, rappelant la vocation pluridisciplinaire d'un tel site. Nous commençons le parcours de "Matérialité de l'invisible" avec le duo Agapanthe (Konné & Mulliez) et leur fascinante installation à partir du sucre et de son histoire liée à la colonisation. Leurs déchets sédimentés dans du sucre renvoient à des notions contradictoires attirantes et en même temps saturées. Puis Anish Kapoor et son "Ascension" (pour ceux qui n'auraient pu le découvrir à l'occasion de l'anniversaire de la galerie Continua), colonne volatile et insaisissable pour nous mettre dans un état d'esprit méditatif avant de pénétrer dans l'environnement olfactif d'Hicham Berrada (galerie kamel mennour,prix de l'artiste francophone à la dernière Biennale de Lyon) qui vise à brouiller les frontières entre naturel et artificiel dans cette étrange atmosphère bleutée. Une fiction qui se poursuit dans les aquariums qui lui servent à mettre en mouvement ses "paysages contrôlés"suivant un protocole scientifique rigoureux dont je vous avais parlé à l'occasion de son exposition à Micro Onde. La vraie découverte pour moi se fait avec Julie Ramage (Smith College, Center for Alternative Photography de New York) qui lors de sa résidence a travaillé sur les enjeux de l'archéologique en zones péri-urbaines, en l'occurrence à St Denis et dans l' Essonne. Ses photographies au collodion selon le procédé mis au point en 1851 mêlent une dimension anthropologique (la chimie était utilisée pour la cicatrisation des plaies) et archéologique du medium et du sujet : l'os et sa symbolique, religieuse et culturelle, à partir des archives de l'Unité d'archéologie de St Denis. "Que sommes nous l'histoire" au lendemain des attentats de novembre à Paris et à St Denis. Quelle est l'histoire enfouie sous nos villes ? autre question qui innerve l'installation "A beautiful town" où la voix d'un archéologue fait l'inventaire des objets prélevés sur un terrain dans le cadre d'un diagnostique de survie éventuelle du site. Puis c'est au tour du libanais Ali Cherri (galerie Imane Farès) préoccupé par la situation géopolitique de son pays et par les problématiques de reconstruction de l'héritage détruit dans les zones de conflit moyen orientales, également en résidence et qui bénéficie d'une bourse de la Sharjah Art Foundation, de nous livrer dans une video fascinante "We the Civilised"sa quête de survivance. En corrélation l'installation "Fragments" pose la question de la valeur marchande accordée aux artefacts historiques, leur authenticité et leur trafic inhérent aux réseaux criminels. A l'étage deux femmes résidentes l'anglaise Miranda Creswell et la française Nathalie Joffre reprennent les gestes de l'archéologie pour les détourner. "Putting in a Box" de la première interroge la mise en boîte à partir d'un parallèle qu'elle fait entre le site britannique d'Harlow (Essex) et les Buttes Chaumont à Paris, ayant tous deux abrité un temple romain. Elle investit principalement le crayon et le papier avec une grande maîtrise. Nathalie Joffre (Essec et Master of Arts Photography London), elle conçoit une video chorégraphie à partir d'un répertoire de gestes observés sur les chantiers de fouille. "Obsessionnels, entêtants, parfois absurdes"qu'elle transpose dans un autre champ, celui du théâtre et du mime.L'on songe à l'Ophélie de Shakespeare devant cette masse inerte qui respire à travers une bâche, tandis que des musiciens l'entourent.C'est son monument funéraire à la perte de données "X file/ Data history voyage"qui est mon vrai coup de coeur ! Des pendentifs suspendus par des câbles symbolisent des urnes au fichier numérique perdu, tandis qu'à leur pied le sable renvoie aux restes récoltés sur le chantier de Dorchester. Un mobile qui entrecroise mémoire intime et mémoire numérique immatérielle.

Au sous sol proche du labyrinthe de Pistoletto, les Imperceptibles de Johann Le Guillerm se meuvent uniquement par les forces naturelles, le plus utopique de tous les projets par un autodidacte formé à l'école des arts du cirque.

Pour finir, une note plus grave de Ronny Trocker (Le Fresnoy) qui confronte la temporalité du cinéma à celle de l'histoire et ses strates, à partir d'une photographie prise sur les côtes espagnoles en 2006 par un reporter Juan Medina. Alors que des plaisanciers goûtent aux plaisirs du bord de mer, un migrant réfugié épuisé rampe sur le sable à quelques mètres de là. Un hors-champ qui bouleverse les perspectives et fige l'instant dans une reconstitution ambiguë.

Après Prosopopées : quand les objets prennent vie,autour du rapport de l'homme à la machine, le Centquatre avec cette "Archéologie des sens" témoigne de sa capacité à se réinventer autour d'univers à chaque fois très éclectiques et en prise avec les enjeux de notre temps.

Infos pratiques :

Matérialité de l'invisible, l'archéologie des sens

jusqu'au 30 avril 2016

Centquatre

5 rue Curial, 75019 Paris

http://www.104.fr/

Artistes en résidence 2015-16 :

http://www.104.fr/artistes/

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