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©Claudia Cargnel et Frédéric Bugada ©Claire Tabouret, Adrien Missika, Théo Mercier.
©Claudia Cargnel et Frédéric Bugada ©Claire Tabouret, Adrien Missika, Théo Mercier.
©Claudia Cargnel et Frédéric Bugada ©Claire Tabouret, Adrien Missika, Théo Mercier.
©Claudia Cargnel et Frédéric Bugada ©Claire Tabouret, Adrien Missika, Théo Mercier.

©Claudia Cargnel et Frédéric Bugada ©Claire Tabouret, Adrien Missika, Théo Mercier.

A l'occasion de leur stand très remarqué à la FIAC, Claudia Cargnel fait le point sur ses engagements multiples et son parcours aux côtés de son mari Frédéric Bugada avec qui elle co-dirige l'une des galeries les plus pointures du moment.

Qu'est-ce qui vous a donné l'envie et l'impulsion de devenir galeriste ? Quelles ont été les rencontres décisives dans votre parcours ?

 

CC : J'ai été élevée dans un milieu très favorable à l'art, au voyage et à la culture en général, mais mes études d'ingénierie électronique et d'économie d'entreprise m'auraient sûrement amenée à une autre type de carrière, peut-être plus encrée dans une vision pragmatique et terre-à-terre du quotidien.

Si devenir galeriste a été d'abord un hasard, dû à la rencontre heureuse de Luigi Polla, mon médecin à Genève, et sa femme Barbara, des passionnés absolus, rêveurs et visionnaires, qui m'ont proposé de diriger leur galerie, c'est ensuite devenu un désir et une évidence. J'ai commencé à être galeriste au début des années 1990, alors que le marché de l'art était en pleine crise. La spirale déflationniste qui avait suivi et remplacé la bulle spéculative avait entraîné non seulement une baisse spectaculaire des prix des œuvres d'art mais surtout l'augmentation exponentielle du nombre d'invendus ; il était donc très difficile de poursuivre une carrière d'artiste. J'ai donc tout de suite été investie d'un sens de responsabilité envers mes artistes, et j'ai poursuivi mon nouveau métier avec passion, en achetant énormément de pièces des artistes avec lesquels je travaillais et en évoluant dans un climat euphorisant, de collaboration entre galeristes pour développer la carrière des artistes, à défaut de vendre leurs œuvres.

Deux expositions ont été de véritables électrochocs artistiques au début de ma carrière. La première était Aperto 93, organisée par Giancarlo Politi et Helena Kontova dans le cadre de la Biennale de Venise, et fruit d'une heureuse collaboration de treize commissaires d'exposition internationaux, qui réunissait un certain nombre des artistes que ma galerie allait présenter en solo les mois à suivre : Maurizio Cattelan, Mat Collishaw, Dominique Gonzalez-Foerster, Jessica Diamond. La deuxième fut L'Hiver de l'amour, organisée par Elein Fleiss, Dominique Gonzalez-Foerster, Bernard Joisten, Jean-Luc Vilmouth et Olivier Zahm à l'ARC, institution qui s'ouvrait complètement au présent, à l'instant, à l'esprit d'une génération de jeunes artistes qui s'exprimaient avec une justesse et avec une force que je ne connaissais pas, en ouvrant dialogue et réflexion. J'ai tout de suite eu le désir de faire partie de cette quête d'éternité et d'être au service des artistes pour les aider à la mener. Les rencontres décisives dans mon parcours ont été les rencontres avec mes artistes, de Mat Collishaw et Vanessa Beecroft, à Claire Tabouret, Théo Mercier et Alfredo Aceto en passant par Cyprien Gaillard, pour n'en citer que quelques-uns, chacun d'eux ayant une personnalité résolument exceptionnelle.

Comment jugez-vous la place des femmes dans le milieu de l'art contemporain ?

 

CC : Si dans le milieu des galeristes et des institutions les femmes occupent souvent une place qui est comparable à celle des hommes, les femmes de pouvoir telles Sadie Coles, Eva Pressenhuber, Barbara Gladstone, Christine Macel n'étant pas des « rara avis » [oiseaux rares], je trouve que le monde des artistes est résolument masculin et machiste.

Les prix que les femmes atteignent lors des ventes aux enchères est sensiblement plus bas que ceux de leurs homologues masculins. Nous sommes peut-être loin de la situation aberrante décrite par les premiers affichages des Guerrrilla Girls, et le pourcentage de femmes exposées dans les plus grands musée n'est peut-être plus le triste 5%, mais il est aisé de constater que les femmes artistes continuent à être sous-représentées, sous-exposées et sous-évaluées. Même en tant que sujet artistique elles le sont. En effet, comme le soulignent dans leur travail des artistes telles que Claire Tabouret, les femmes se trouvent encore bien trop souvent représentées en peinture dans une posture de second plan ou bien traitées comme des sujets érotiques plutôt que comme des sujets en soi, ou encore des sujets glorieux ou victorieux. Claire Tabouret redonne une place et une dignité à ses personnages féminins en les représentant sous les traits de guerrières, masquées, en tenue d'escrime ou encore en selle sur un cheval.

 

Couple à la ville et au cœur du marché de l'art comment parvenez-vous à gouverner à 2 la galerie Bugada-Cargnel ?

 

CC : Cela fait maintenant une quinzaine d'années que je partage mon quotidien avec mon collaborateur qui est aussi mon mari…Notre rencontre est née autour de cette passion commune pour l'art et elle s'en nourrit jour après jour. Le fait d'être un binôme nous permet un échange et une discussion sur chaque aspect de la galerie, ce qui rend nos choix plus pertinents et affinés, mêlant passion et stratégie, rêve et réalité.

Pourquoi avoir choisi Belleville après la rue de Turenne et quels changements remarquez-vous depuis votre arrivée ?

 CC : Nous cherchions un espace avec un caractère singulier et de dimension importante pour pouvoir exposer nos artistes en leur donnant la possibilité de développer des expositions ambitieuses, riches, et surtout capables de donner un aperçu assez vaste de leur pratique. Bien sûr des expositions magistrales peuvent être créées dans des espaces restreints, comme l'exposition de Cyprien Gaillard chez 1m3 à Lausanne, mais il est indéniable que la taille de notre galerie permet à nos artistes des productions et des modalités de présentation extrêmement intéressantes.

Nos recherches se sont concentrées initialement dans le Marais pour s'élargir peu à peu à d'autres quartiers qui pouvaient nous offrir des espaces qui correspondaient aux standards de monstration que nous cherchions.

L'ancien garage années 1930 de l'Équerre, qui est devenu ensuite notre galerie, s'est imposé à nous et, avec lui, Belleville, quartier vivant, attachant et dont la population présente une haute concentration de critiques et journalistes. Nous avons été immédiatement séduits par les possibilités qu'il offrait en termes d'expositions et de mais aussi de projet de vie. Nous vivons dans la galerie, dans ce qui était le logement du garagiste, ce qui nous permets de voir souvent nos deux enfants, Zino et Enea, entre un voyage et l'autre, et, surtout, ce qui leur permet d'être en contact avec ces personnalités magiques que sont les artistes, qui nourrissent leur imaginaire et forment leur personnalité.

En pionniers du quartier nous avons pu assister à son éclosion, à l'arrivée d'autres galeries et à sa gentrification. La création d'un pôle culturel a en effet contribué à l'« embourgeoisement »  du quartier, qui a énormément changé depuis notre arrivé en 2005. Nous n'étions que deux galeries à l'occuper, avec le FRAC Ile-de-France – Le Plateau, dont la directrice de l'époque, Caroline Bourgeois, était extraordinairement active en termes de programmation mais également d'efforts menés pour rendre le quartier le plus attractif possible pour le public de l'art contemporain. Son successeur, Xavier Franceschi, poursuit cette mission avec la même passion, et le quartier est désormais un pôle de création qui compte un centre d'art contemporain et une vingtaine de galeries parmi les plus significatives dans le panorama de la création contemporaine parisienne. Le quartier est devenu en quelques années une étape incontournable, grâce à la qualité de ses galeries, dont la présence massive aux foires les plus importantes témoigne la grande qualité.

Comment agissez-vous pour garder la vocation d'une tête chercheuse plutôt que de céder aux sirènes du marché ?

 CC : Le marché est un acteur d'une importance extrême car il s'agit d'un puissant instrument de diffusion de la création artistique.

Les fondations privées et les collections dites « institutionnelles », qui diffusent leur collection à travers des expositions et des prêts, sont d'une utilité capitale pour le développement de la carrière d'un artiste, tout comme le  bouche-à-oreille entre des collectionneurs qui ont peut-être moins de moyens mais qui sont tout aussi avertis et prescripteurs.

C'est plutôt un certain type de marché que nous essayons de fuir : un marché spéculatif, où ni la passion ni la connaissance de l'histoire de l'art, et donc la pertinence d'un artiste et de son travail, ont place. La vocation primaire de notre galerie est la promotion de nos artistes et, pour ce faire, notre bien le plus important est notre crédibilité, donc nous essayons de ne pas l'entacher avec des choix qui privilégient le marché au détriment de la qualité.

 

Avez-vous des rêves inaccomplis tant au niveau professionnel que familial ou personnel ?

 

CC : Au niveau personnel, je suis très heureuse : mes deux enfants Zino et Enea ont la chance d'évoluer dans un milieu d'une richesse extrême, de fréquenter des artistes qui leur permettent d'accéder à une culture visuelle incroyable et de les ouvrir à un monde fascinant.

Au niveau professionnel, oui. C'est d'ailleurs cette sensation de manque qui nous pousse à nous améliorer jour après jour.

 

A la FIAC : both 1er étage. F 20 

A la galerie : Claire TABOURET - “Battlegrounds”

7-9, rue de l'Équerre 
75019 Paris

https://www.bugadacargnel.com

Tag(s) : #Galeries Paris, #Emergence, #Entreprendre

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