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©Ângelo de Sousa.
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©Ângelo de Sousa.

Alors qu'il a bénéficié de plusieurs expositions d'importance au Portugal (Fondation Serralves à Porto et Calouste Gulbenkian à Lisbonne) et à l'international (Venise, Sao Paulo, Madrid..) Ângelo de Sousa (né en 1938 au Mozambique) reste un inconnu en France, c'est pourquoi la délégation française de la Fondation Gulbenkian à Paris lui rend hommage dans une exposition d'une rare intensité. Résumer les 40 dernières années de production de l'artiste est une gageure brillamment relevée par le commissaire Jacinto Lageira, chercheur et critique d'art, qui donne un aperçu condensé d'une production prolixe et éclatée. Le titre extrêmement poétique "la couleur et le grain noir des choses" suggère comme une tension, un antagonisme entre des pôles contraires. C'est toute la subtilité de la démarche de cet artiste qui oscille entre la rigueur sérielle et le hasard de l'imprévu, l'éclat des couleurs et la négation du noir et blanc, le trivial du sublime, la perspective formelle et la quête de la matière, le traitement géométrique et l'intuition permanente. Autant d'opposés qu'il conjugue avec brio au nom de ces épiphanies fugitives qu'il traque dans la lignée de Joyce qui l'inspire.

Le parcours ouvre sur les "Diapositives de chevalet" (1977-79) d'infimes variations autour de 3 couleurs primaires et autant de combinaisons optiques possibles dans un prisme à la fois phénoménologique et sériel. Un côté James Turrell avant l'heure. Puis nous abordons les toiles abstraites ou non aux innombrables coloris relevant de détails environnants proches de cadrages photographiques (sol, portes,escaliers..). Sa fascination pour la main apparaît ensuite à partir des séries photographiques de sa main gauche en 1975, agrandies par la suite. Un procédé très novateur à l'époque qui insiste sur la valeur tactile et organique de cet organe indispensable aux artistes. La main qui touche, la main qui appréhende, la main qui manipule : tout un processus et savoir-faire que l'on retrouve dans les petites sculptures et maquettes (il en existe aussi de très grandes conçues pour l'espace urbain) faites de rebut (papier, plastique, feuille d'aluminium, pots de yaourt qui deviendront oreilles) découpées et pliées, parfois peintes. Tout un répertoire de formes brut et dynamique qui nait du dessin, véritable matrice de l'œuvre. S'ouvre alors la période extrêmement féconde de la photographie et du film expérimental. Des poussières, des cheveux, des toiles d'araignée ou des lignes de fuite, des tracés de sol, des vues plongeantes, pour enregistrer l'ordinaire en noir et blanc ou en couleur, l'artiste déjouant nos réflexes culturels : la couleur étant habituellement perçue comme synonyme de gaieté alors qu'il l'utilise pour des choses triviales et sans emphase (animaux morts). Cette pratique intense et compulsive de la photographie dans les années 1960 devient une quête de l'épiphanie, son" instant décisif" à lui. Un exercice qu'il pratique de la fenêtre de sa rue à Porto ou en flânant. Des milliers de photographies qu'il va nommer les "umanistes", sans h volontairement, leur donnant une résonance sociale, contrairement aux "abstraites". Cette source de possibilités sans fin et totalement instinctive voir intimiste ou autobiographique (les mouchoirs) rejoint aussi les préoccupations plus expérimentales et formelles des artistes de l'époque qui se tournent vers le film. Alors qu'il est question de dématérialisation, des mécanismes du langage dans un contexte de rupture moderniste, chez Ângelo de Sousa il s'agit de laisser advenir le sensible, l'impermanent, la mutabilité constante des formes et des choses. Comme une pensée en mouvement, libérée de tout carcan académique et ouverte à la surprise, à la rencontre, au surgissement.

Un univers en devenir à la portée de qui s'en saisit, d'où son titre : Catalogue de formes à la portée de tout un chacun. Ce qui ressemble à une devise "le maximum de présence avec le minimum de cris" résume l'attitude de cet artiste inclassable et surdoué qu'il parait essentiel de redécouvrir.

Le remarquable catalogue publié à l'occasion par Gulbenkian prolonge élégamment ces variations ininterrompues (indispensable anthologie critique en français).

 

Infos pratiques :

Ângelo de Sousa, La couleur et le grain noir des choses

jusqu'au 16 avril 2017

Fondation Gulbenkian/Délégation en France

39 Bd de La Tour Maubourg

75007 Paris

Entrée libre.

http://www.gulbenkian-paris.org/fr

Programme des Conférences et Débats : Tout se transforme.

 

Tag(s) : #International, #Photographie, #Expositions Paris

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