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Shocking or not ? quand le vêtement fait scandale

par Marie de la Fresnaye 22 Janvier 2017, 16:05 Mode Expositions Paris

Shocking or not ? quand le vêtement fait scandale
Shocking or not ? quand le vêtement fait scandale
Shocking or not ? quand le vêtement fait scandale
Shocking or not ? quand le vêtement fait scandale
Shocking or not ? quand le vêtement fait scandale
Shocking or not ? quand le vêtement fait scandale
 
Fashion Week oblige et alors que le Barbican Center de Londres propose une exposition sur le vulgaire comme vecteur de contestation et de désacralisation du bon goût, le musée des Arts décoratifs à Paris se penche sur d'autres formes d'excès à travers l'évolution du vêtement, porteur de tout temps de connotations sociales et culturelles mais aussi religieuses et politiques.
"Tenue correcte exigée" titre emprunté à la presse suite aux émois provoqués récemment par l'affaire du burkini sur les plages françaises été 2016 revisite l'évolution des codes de la bienséance et de la singularité vestimentaires. Saviez-vous que toute femme qui voulait porter le pantalon devait en demander l'autorisation à la Préfecture de Police selon l'ordonnance du 7 novembre 1800 ? que le gouvernement de Vichy avait réprimé les zazous en 1942 pour le port du trop large baggy ? ou qu'un jeune américain noir âgé de 17 ans est abattu à Stanford (Floride) en février 2012 parce qu'il portait un hoddie (capuche) jugé suspect ?
Dès lors il semble évident que la mode dépasse tous les stéréotypes d'inconstance et de consumérisme auxquels est reste trop souvent attachée pour embraser et déclencher problématiques et polémiques autour de la norme, des questions du genre ou de la quête identitaire. Autant de débats soulevés par les quelques 300 pièces d'exception rassemblées par Denis Bruna, conservateur, autour de 3 grands axes : le vêtement et la règle, est-ce une fille ou un garçon ?, et la provocation des excès. La scénographie espiègle de Constance Guiset nous plonge dès le départ parmi de nombreuses idées arrêtées taguées sur le sas d'entrée et phrases sonores qui ponctuent la visite.
 
Le tableau d'Adam et Eve chassés du Paradis qui ouvre le parcours nous rappelle à quel point le vêtement est lié pour le christianisme à la chute originelle, selon les propos de l'historien médiéviste Michel Pastoureau, auteur d'ouvrages de référence sur la symbolique des couleurs.
Ce n'est pas un hasard si l'un des grands scandales du XVIIIè siècle reste le tableau de Marie-Antoinette par Elisabeth Vigée-Lebrun portant une robe chemise, les codes de l'apparence et l'étiquette renvoyant à la notion même de pouvoir. Sofia Copolla dans son film iconoclaste sur la jeune reine (diffusé parmi d'autres extraits) se plaira d'ailleurs à mêler détails anachroniques et fantaisistes pour souligner le carcan des convenances et leur impact sur le destin de l'exilée en marge de l'histoire officielle.
Autre héroïne plus contemporaine cette fois, en prise avec les conventions, quand on se souvient des railleries récentes des députés lors d'une séance à l'Assemblée nationale devant la jupe à grosses fleurs portée par Cécile Duflot.
 
Quid du masculin et du féminin à travers la masculinisation de la silhouette : l'androgynie dès les années 20 par Marlène Dietrich, les garçonnes, le smoking star d'Yves St Laurent et enfin l' adoption légale du pantalon par les femmes en toutes circonstances selon le décret de 2013. Les hommes ne sont pas en reste et s'approprient la jupe (Jean Paul Gaultier) ou la robe même si le maquillage semble encore un tabou (exemple récent avec Jean Luc Verna au Mac Val qui le revendique à travers le titre de son exposition "Vous n'êtes pas un peu trop maquillé ? non").
 
Dernier volet de ce panorama brillant avec une liste non exhaustive de tous les excès signalés en général par le préfixe "trop". "Trop courte la robe Courrèges ou Cardin ? Trop plongeant le bikini de Louis Bréard de 1946 ? trop large le baggy hérité des étudiants d'Oxford dans les années 1920 et repris en 1990 ? trop subversive la capuche interdite au XIVè par une ordonnance de Charles V revendiquée plus tard par les skateurs ou adeptes du hip-hop pour se voir finalement proscrite dans le quartier populaire d' Elephant & Castle de Londres en 2005 car renvoyant aux gangs ? Trop négligé ou trop moulant le jean, annonçant l'unisexe ?
Autant d'enjeux qui conduisent à la dernière vitrine dédiée aux défilés chocs de cette histoire du scandale avec la collection de Galliano pour Dior inspirée des SDF, les robes déchirées d'Alexander McQueen suggérant le viol, les insectes en folie de Mugler, les déformations anatomiques de Comme des garçons et surtout la collection de Rick Owens dévoilant les parties génitales des hommes à travers d'étonnantes tuniques "destructurées". Une prise de risque assumée par le créateur qui a enflammé les réseaux sociaux pendant un long moment !
Dès lors il est bien question de liberté à une époque où le repli identitaire et la dérive intolérante sont de mise. La mode ultime repaire des frondeurs et étendard de la contre-culture ? Il semble bien que la phrase d'André Breton "La beauté sera convulsive ou ne sera pas" résume à elle seule le propos d'une exposition qui marquera les esprits et fera date.
 
 
Infos pratiques :
 
Tenue Correcte exigée, quand le vêtement fait scandale
jusqu'au 23 avril 2017
 
Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris
 
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