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Séquence Vermeer au Louvre et redécouverte de Valentin de Boulogne

par Marie de la Fresnaye 23 Février 2017, 06:22 Peinture Histoire de l'art Expositions Paris

Johannes Vermeer, La Laitière , vers 1657-1658 © Amsterdam, The Rijksmuseum. Pieter de Hooch, La Peseuse d’or , vers 1664. Berlin, Staatliche Museen zu Berlin
Johannes Vermeer, La Laitière , vers 1657-1658 © Amsterdam, The Rijksmuseum. Pieter de Hooch, La Peseuse d’or , vers 1664. Berlin, Staatliche Museen zu Berlin

Johannes Vermeer, La Laitière , vers 1657-1658 © Amsterdam, The Rijksmuseum. Pieter de Hooch, La Peseuse d’or , vers 1664. Berlin, Staatliche Museen zu Berlin

 Johannes Vermeer, Femme à la balance, vers 1664 Widener Collection. © Washington, National Gallery of Art.
 Johannes Vermeer, Femme à la balance, vers 1664 Widener Collection. © Washington, National Gallery of Art.
 Johannes Vermeer, Femme à la balance, vers 1664 Widener Collection. © Washington, National Gallery of Art.

Johannes Vermeer, Femme à la balance, vers 1664 Widener Collection. © Washington, National Gallery of Art.

Johannes Vermeer n'a pas toujours été le Sphinx de Delft selon l'expression du français Théophile Thoré-Bürger, reclus dans son silence et isolement. Il s'est nourri au contraire de la circulation des idées et des principes stylistiques et iconographiques de ses pairs, comme en témoigne l'ambitieuse exposition que lui consacre le Louvre. Un événement en soi puisque sa dernière exposition en France remonte à 1966 au musée de l'Orangerie. A l'époque douze œuvres du maître étaient rassemblées (soit le tiers de sa production), dont le chef d'œuvre absolu,la Jeune fille à la perle qui avait fait le voyage. Même nombre cette fois avec la Laitière, autre Mona Lisa hollandaise, dont la postérité a été assurée par le biais du marketing de Nestlé. Détail assez trivial qui a tendance a occulter les différents niveaux de lecture de la toile et ses sous entendus érotiques. Profitez en pour fixer ces détails qui ont toute leur importance, la chaufferette à ses pieds, la silhouette de Cupidon sur les carreaux du sol, ses formes pleines, des effets de texture qui en appellent aux sens du spectateur. Ces scènes de genre aux effets de perspective savamment construits (a t-il eu connaissance ou non de la chambre noire ?) qui traduisent chez lui un net changement d'orientation à la fin des années 1650 découlent du climat artistique de Delft et de l'arrivée notamment de Pieter de Hooch et Jan Steen. Tout au long de sa carrière il se montre ouvert aux influences extérieures et c'est ce parti prix scénographique de la séquence que choisit le commissaire Blaise Ducos, au risque de déplaire aux puristes. Ainsi à travers de grandes séquences : les missives amoureuses, les visites, les perroquets, les instruments à cordes, les parallèles et similitudes sont recherchés tout autant que les variations. Et peu à peu se dégage le génie de Vermeer qui consiste non à compiler mais à épurer les inventions formelles de ses contemporains, comme le souligne le conservateur du Louvre. La grande différence par exemple de son Astronome comparé à celui de Gerard Dou, son prédécesseur, réside dans la lumière qui entoure le savant, conscient de l'impact psychologique de cette nouveauté qui en fait un moderne. Concentration profonde, classicisme de la construction, harmonie de l'ensemble, vanité de la possession traduisent une dimension philosophique qui va bien au delà de la veine naturaliste. Tempérance, méditation comme dans la fascinante Femme à la balance qui ouvre le parcours (rapprochée de Pieter de Hooch), harmonie, sérénité autant de vertus qui habitent ces personnages face à leur fenêtre, à leur destin.

Valentin de Boulogne (1591-1632) est paradoxalement moins connu du public que Caravage, alors que de son vivant il jouit d'une grande réputation et entre dans les collections royales. Le Louvre s'est associé au Metropolitan Museum de New York dans cette ambitieuse entreprise de réhabilitation du peintre français qui passe la plupart de sa carrière à Rome. Il reçoit la protection du puissant cardinal Barberini. Reprenant la leçon du Caravage (clair-obscur, théâtralité, réalisme) il la dépasse en y apportant une dimension introspective et mélancolique inédite à partir de décalages subtiles. Ses joueurs et cartes, diseuses de bonne aventure, bohémiennes gagnent en épaisseur et l'on se surprend presque à lire dans leurs pensées. Avec son art de l'allégorie et de la couleur néo-vénitienne Valentin de Boulogne est assurément le représentant le plus important du Caravagisme en Europe.

Infos pratiques :

Vermeer et les maîtres de la peinture de genre

(en collaboration avec la National Gallery of Ireland et la National Gallery of Art de Washington)

Valentin de Boulogne, Réinventer Caravage

jusqu'au 22 mai 2017

Musée du Louvre

 

 

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