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Poursuite de l'univers de Ruben Östlund avec Force Majeure (Snow Therapy)

Notre palme d'Or le suédois Ruben Östlund n'en n'est pas à son coup d'essai et son 4ème long métrage "Force Majeure" récompensé par le Prix du Jury dans la section Un Certain Regard à Cannes mérite que l'on s'y penche d'un peu plus près. Tous les ingrédients sont réunis pour laisser éclore le talent de ce conteur nordique qui dissèque les relations humaines au scalpel d'éléments sauvages et perturbateurs. Ou quand la nature humaine reprend ses droits et l'instinct de survie dégomme tout au passage !

Tempête des neiges, bourrasque des cœurs

Une famille suédoise successfull décide de partir dans les Alpes françaises pour se retrouver, a priori tout est fait pour leur offrir un décor idyllique et apaisant même si l'on perçoit déjà des petites notes dissonantes dans la musique de fond. C'est à l'occasion d'un déjeuner en altitude le 2ème jour que nos 4 protagonistes sont pris dans une avalanche, un élément qui va jouter un rôle de catalyseur par la suite du drame en puissance. Même si la catastrophe est écartée, le père de famille est pris en flagrant délit de fuite par sa femme qui ne lui pardonnera pas. Alors que Thomas se mure dans le déni, Ebba insiste pour imposer sa version des faits quitte à prendre des témoins extérieurs dont le frère de son mari, flamboyant quinquagénaire venu en goguette avec sa maîtresse, autre accros dans le paysage bien ordonné de leur vie de couple modèle. Et peu à peu les non-dits nourrissent les ressentiments de chacun, la figure du père en ressortant fortement écornée. Ebba doute de plus en plus en sa capacité à les protéger et assumer son rôle de patriarche étant donné sa réaction, tandis que Tomas s'enferme dans la mauvaise foi, jusqu'à ce que la digue lâche et qu'il craque véritablement sous de profonds sanglots.

Un homme qui pleure

Les couloirs aseptisés et uniformes de l'hôtel deviennent froids, le béton des immeubles menaçant et l'homme de ménage, voyeur du haut des étages, comme en écho à la tempête extérieure et au brouillard qui envahit toute la station. Le piège se referme, les maques tombent. Les enfants assistent impuissants au délitement programmé du couple parental et à la faillite du père face à une mère courage qui s'évade dans les récits de libertinage sexuel assumé d'une vacancière rencontrée à l'hôtel. Ses certitudes volent en éclat.

Happy End ?

Une seconde chance leur est finalement donnée lors d'une descente périlleuse alors que la météo gronde. Une séquence d'une grande poésie et maîtrise au milieu de ce blanc immaculé. La tension devient palpable et la ligne d'horizon diffuse. C'est alors que Tomas reprend la situation en main et inverse la tendance mais jusqu'ou ? Se remettront -ils tout les deux de cette crise existentielle ? La peur et la lâcheté, le constat d'échec ne vont ils pas venir à bout de leur équilibre fragile ? La catastrophe est-elle un événement qui soude un couple ou le détruit à jamais ? C'est tout l'enjeu de cette fin qui reste volontairement ouverte, charge au spectateur de placer le curseur où il veut. Cette fable toute en finesse et magistralement interprétée dans cette nature grandiose amorce toute en puissance la déferlante "The Square" et l'on comprend pourquoi Ruben Östlund cite volontiers "le charme discret de la bourgeoisie" au même titre que Michael Haneke.

 

 

Tag(s) : #Cinéma

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