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Alberto Giacometti et Rui Chafes à la Fondation Gulbenkian, un pari tenu !

par Marie de la Fresnaye 2 Octobre 2018, 07:24 Sculpture International Expositions Paris

Rui Chafes Avec Rien, Un autre corps I, 2018, Courtesy of the Artist  Photo: Alcino Gonçalves.Alberto Giacometti Le Nez (1947-50 ca) Coll. Fondation Giacometti, Paris  © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018.
Rui Chafes Avec Rien, Un autre corps I, 2018, Courtesy of the Artist  Photo: Alcino Gonçalves.Alberto Giacometti Le Nez (1947-50 ca) Coll. Fondation Giacometti, Paris  © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018.
Rui Chafes Avec Rien, Un autre corps I, 2018, Courtesy of the Artist  Photo: Alcino Gonçalves.Alberto Giacometti Le Nez (1947-50 ca) Coll. Fondation Giacometti, Paris  © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018.
Rui Chafes Avec Rien, Un autre corps I, 2018, Courtesy of the Artist  Photo: Alcino Gonçalves.Alberto Giacometti Le Nez (1947-50 ca) Coll. Fondation Giacometti, Paris  © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018.
Rui Chafes Avec Rien, Un autre corps I, 2018, Courtesy of the Artist  Photo: Alcino Gonçalves.Alberto Giacometti Le Nez (1947-50 ca) Coll. Fondation Giacometti, Paris  © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018.

Rui Chafes Avec Rien, Un autre corps I, 2018, Courtesy of the Artist Photo: Alcino Gonçalves.Alberto Giacometti Le Nez (1947-50 ca) Coll. Fondation Giacometti, Paris © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018.

Alors qu'un ensemble de ses œuvres, "Carne Inisivel" et "Carne Misteriosa" vient de rejoindre les collection du Centre Pompidou, Rui Chafes (né en 1966  à Lisbonne) se confronte à Alberto Giacometti dans le cadre de la Fondation Gulbenkian Paris, suite à une proposition de la Fondation Giacometti. Je l'avais découvert à l'occasion de sa fascinante rétrospective de 2014 à la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, "Le poids du paradis" (O Peso do Paraiso). Une œuvre aussi attirante que dérangeante qui joue sur les antagonismes et la perception du visiteur. Sculpteur mais aussi auteur et traducteur, Rui Chafes se réclame de maîtres anciens, sculpteurs poètes et philosophes, et conçoit l'art comme une véritable fiction ("Cosa mentale") à partir du choix pour le fer, toujours traité noir et lisse. Giacometti lui, se reconnaissait dans le bronze, la cendre et le rugueux. Premier paradoxe. Et c'est là toute la justesse de l'approche de Rui Chafes que de ne pas chercher la confrontation directe mais d'offrir au spectateur une expérience de l'espace totalement inédite. Pour cela la scénographie entre le noir et le blanc, le vide et le plein, l'ascension de la chute, offre une traversée aride et sans retour.

-La douleur

A la douleur de Giacometti qui ne cesse de se confronter à l'échec et à l'inatteignable, le visiteur doit se confronter à un parcours sombre et semé d'embuches pour tenter d'apercevoir à travers des claustra des sculptures d'une grande fragilité, comme dématérialisées. Seul et désorienté il est soumis à une radicale obscurité après avoir été aveuglé par une lumière volontairement crue. Un inconfort recherché par Rui Chafes qui souhaite se dégager des présentations souvent théâtrales et sublimes des sculptures de son ainé pour une approche radicale et austère. Il va même jusqu'à créer un autre espace peint en noir mat où l'inclinaison penchée du sol oblige le visiteur à tituber pour se rapprocher de la toute petite figurine en plâtre de 1937. Dès lors la sculpture devient cet "évènement dans l'espace" tel que le revendique l'artiste portugais, à la limite de l'expérience rétinienne. A la limite du rien. Comme les champs de ruine de l'Europe après-guerre que peu d'artistes ont eu la capacité de convoquer pour faire de ce trauma, une mythologie de la résistance.

-La cicatrice

Pour la première fois, Rui Chafes nous donne à voir la "blessure ouverte" ouvrant l'intérieur de ses sculptures en révélant les coutures, les aspérités, les résidus, loin de l'aspect lisse auquel il nous avait habitué. L'homme est soudain détruit et dépecé de l'intérieur comme chez Giacometti, allant même jusqu'à la torture."Plus qu'un défi, ce projet a généré chez moi, un doute, une recherche" synthétise l'artiste, visiblement très marqué par cette rencontre.

-La mort et le cri

Si aux lignes ascendantes de Giacometti, Rui Chafes répond par des lignes descendantes, il résout cette tension dans la dernière pièce de l'exposition où à partir d'une œuvre inachevée de Giacometti, l'une des versions du"Nez", il imagine alors une armature qui la prolonge, créant un mouvement d'expansion. Comme un funambule sur un fil. 

"J'ai vu comme un cri" selon les propres mots de l'artiste et de face la sculpture évoque la tête d'un animal, d'une bête traquée et aveuglée. Finitude et néant se conjuguent dans cet espace en négatif, "la Nuit". Ce vertige de l'abîme signalé par cette lame suspendue en déséquilibre. Rui Chafes cite volontiers Duchamp, Beuys ou Bruce Nauman mais aussi Beckett, Pasolini, Tartovski, Kafka et Robert Bresson tous épris de questionnements et de solitude existentielle. L'invisible et l'intemporel comme résistance face à l'immédiateté et la perpétuelle quête de fusion. Aucune œuvre des deux protagonistes ne se touche. Un chemin âpre et rugueux à l'instar du destin de l'homme face à sa propre finitude. Une expérience unique qui éclaire Giacometti sous un jour nouveau et souligne l'incroyable complétude des deux démarches.

A ne manquer sous aucun prétexte !

 

Commissaire de l'exposition : Helena de Freitas

 

Infos pratiques :

Rui Chafes et Alberto Giacometti

Gris, vide, cris

jusqu'au 16 décembre 2018

Autour de l'exposition :

Conférence de Federico Nicolao, La main dans le vide, le 18 octobre à 19h

Conférence de Maria Filomena Molder, Un trou dans la neige, le 6 novembre à 19h

Parcours privé FIAC.

Fondation Calouste Gulbenkian

Délégation en France

39, bd de La Tour-Maubourg, 75007 Paris

Entrée libre

https://gulbenkian.pt/paris

 

 

 

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