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Rencontre avec Abdelkader Damani, Frac Centre

par Marie de la Fresnaye 8 Novembre 2018, 07:06 Portrait Régions International Architecture

Rencontre avec Abdelkader Damani, Frac Centre
Rencontre avec Abdelkader Damani, Frac CentreRencontre avec Abdelkader Damani, Frac Centre
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Alors que l'ensemble des FRAC s'apprête à fêter la 3ème édition de WE FRAC les 17 et 18 novembre autour de rendez vous inédits, nous rencontrons le directeur du Frac Centre-Val de Loire, Abdelkader Damani à l'occasion du focus qu'il propose sur la scène espagnole expérimentale des années 68.

 

1. Quel est l'ADN du Frac Centre-Val de Loire ?

 

Le Frac Centre-Val de Loire est fondé sur trois axes : garantir une proximité de l’art contemporain et des publics à l’échelle de la Région Centre-Val de Loire, constituer une collection d’art contemporain qui, dans le cas de notre Frac, questionne les relations entre l’art et l’architecture et construit le paysage d’une recherche de l’innovation en architecture depuis 1950 à nos jours. Le troisième axe consiste à explorer les relations aux géohistoires extra-européennes afin de redéfinir les lectures et réécritures de l’histoire de l’art depuis l’Afrique, l’Amérique Latine, l’Asie etc. 

 

2. Pourquoi consacrer une exposition sur la scène expérimentale espagnole madrilène 1968 ?

 

La collection du Frac Centre-Val de Loire est très ancrée dans les années soixante et soixante-dix et couvre les territoires de l’Italie, l’Autriche, le Royaume-Uni et la France. Il manquait à ce paysage européen un regard sur l’Espagne. Cette scène est restée à l’écart à cause de la situation politique espagnole - Franquisme de 1939 à 1977 - qui favorisait peu les rencontres avec les mouvements artistiques à travers le monde. Depuis 2015 nous avons mené au Frac une étude approfondie des artistes et architectes espagnols en essayant de comprendre, avec l’aide de l’architecte et professeur à l’Université Polytechnique de Valencia Monica Garcia Martinez, leurs liens avec les principes de radicalité, d’expérimentation et prospectives qui animent la collection. Deux moments d’exposition sont nés de cette recherche : le premier à l’occasion de la Biennale d’Architecture d’Orléans en 2017 réunissant deux générations d’artistes celle des années 1960 et celle des années 2000, le deuxième est cette exposition autour du Centre de Calcul à Madrid.  

 

3. En quoi le Centre de Calcul a-t-il été précurseur d'une archéologie du numérique ?

 

L’innovation du centre de calcul réside dans la capacité de son directeur de l’époque M. Florentino Briones à ouvrir le centre à toutes les disciplines allant au-delà de la recherche fondamentale ou appliquée. Les séminaires devenaient des espaces de liberté et d’expérimentation. C’est ainsi que des artistes, architectes, musiciens se sont trouvés au contact de mathématiciens, d’informaticiens ou encore de biologistes. La machine, l’ordinateur mis à disposition par IBM, était à ses commencements et le travail autour des capacités de calcul de l’ordinateur alimentait autant la création, dans une démarche systémique, qu’il augmentait la compréhension analytique des possibilités d’exploitation de l’ordinateur. Ce va-et-vient entre les deux univers est en 1968 d’une grande innovation. 

 

4. Ces travaux exposés tiennent-ils de la recherche ou de l'œuvre d'art ?

 

L’ensemble des travaux exposés sont des œuvres d’art et il n’y a aucun doute là-dessus - à l’exception des ouvrages et documentations en tout genre présentés en vitrine. Mais il ne faut pas oublier que toute peinture, sculpture, maquette, dessin, vidéo, installation tirée du long processus de création d’un artiste (toute discipline confondue) ne peut prétendre à autre chose que de témoigner d’un instant de recherche du créateur en question. 

 

5. Quels prochains projets vous animent ?

 

Le projet qui m’anime et que j’ai peur de ne jamais aboutir est celui de voir s’effondrer l’écriture et l’enseignement de l’histoire de l’art comme nous le connaissons pour assister à la naissance d’une discipline qui prend en considération trois paradigmes fondamentaux à mon sens : 

 

  • Considérer la modernité comme un héritage humain et la conséquence d’un long récit auquel participe toutes les cultures du monde et non l’unique invention européenne.
  • Écrire l’histoire de l’art et de l’architecture comme un Atlas et non comme un Album. Pour cela la discipline doit être ouverte à tout ce qui fonde la constitution de notre histoire des images et non seulement des œuvres. En architecture nous devrions croire à nouveau dans la prophétie de Hans Hollein « tout est architecture ».
  • La place des femmes dans cette écriture. Cette question est à mon sens la plus urgente et la plus complexe car elle exige n’ont pas de dire mais de se taire. Il faudrait faire taire l’histoire de l’art des commencements et reprendre le récit global des images « au féminin ». 

 

Pour les prochaines années j’essaye avant toute chose de palier aux manquements de l’institution. Nous sommes redevable à nos artistes et architectes et nous devons leur rendre hommage et faire le point sur leur œuvre. J’ai réalisé la première retrospective de l’œuvre de New-Territories qui à bien des égards, et malgré toutes les polémiques, reste l’aventure la plus innovante de ce qu’il convient d’appeler l’architecture computationelle. Le prochain défi va être de réussir la rétrospective dédiée au groupe Italien Superstudio - mars à août 2019. Puis viendra le moment de la deuxième Biennale d’Architecture, notre plateforme de recherche et d’expérimentation. 

 

Infos pratiques :

 

Madrid, Octobre 68

jusqu'au 24 février 2019

 

Programmation associée : Université populaire, Visites des coulisses, visites-apéro, visites expérimentales..

 

Arkhé, nouvel accrochage des collections

jusqu'au 17 février 2019

 

 

88 rue du Colombier, Orléans

Entrée gratuite 

 

http://www.frac-centre.fr/

 

 

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