©FRAC Grand Large Hauts-de-France Maya Hayuk, Anita Molinero, Alexandre Perigot, Tania Mouraud ©Rubis Mécénat.
Profondément marqué par les mutations d’après-guerre : Europe de l’acier et du charbon, utopie de l’ère industrielle, émergence d’un paysage nouveau, le patrimoine portuaire de Dunkerque est porteur d’un imaginaire puissant dont s’est saisi très tôt le fondateur du LAAC, Gilbert Delaine, capitaine d’industrie visionnaire qui attire de nombreux artistes à qui il commande des projets grandioses.
Parmi les projets emblématiques, Tania Mouraud, dans le cadre du chapitre 1, a conçu pour le site de Rubis Terminal, dans le port, un large diptyque noir et blanc à partir d’une citation de Shakespeare. Delphine Reist réactive la vocation de la HalleAP2 à partir de son installation lumineuse du pont roulant, Tatiana Trouvé se saisit du passé industriel de la filature avec des racks de bobines de cordage, Anita Molinero part du plastique et autres matériaux dérivés du pétrole pour dessiner des mondes fantasmagoriques, Carlos Bunga choisit le carton, à la fois précaire et indispensable aux échanges mondialisés, et enfin Arman et Bernar Venet (« Effondrement »), déjà présents grâce à l’action du LAAC.
Le chapitre 2 revient sur cette modernité française à partir des collections du LAAC et ce paradigme art et industrie, porté par les nouveaux réalistes (Claude Viallat, Gérard Deschamp…). L’automobile (Jean Dewasne et Tinguely, Arman et Bernar Venet), la ville (Takis, Morellet, Nicolas Schöffer), l’avènement des loisirs (Niki de Saint Phalle, Christo, Robert Malaval) participent à cette vision futuriste portée par une nouvelle sémantique et poétique (Jacques Villeglé, Matt Mullican, Vera Molnar, Isidore Isou ou Roland Sabatier).
Le 3 ème chapitre explore en écho avec la collection du Frac Grand Large et sur les 3 niveaux de son bâtiment symbolique signé Lacaton&Vassal, la sphère intime et
l’apport du décoratif artistique français dans la modernité européenne et américaine, avec des artistes comme Daniel Buren, Yves Klein, Simon Hantaï, Bernard Pagès, Patrick Saytour, Pierrette Bloch.
Le 4 ème chapitre rejoue l’horizon cinématographique de Dunkerque et son imaginaire maritime et urbain à travers un programme de cinéma semi-permanent au LAAC, conçu par la critique et commissaire, Pascale Cassagnau, en partenariat avec le CNC.
Le dernier volet propose des parcours permettant de mesurer par le regard ou l’écoute le gigantisme du territoire, à partir d’interventions d’artistes ou de chercheurs. Du toit de la Halle aux Sucres au Belvédère du Frac, de multiples passerelles et constellations se dessinent, ouvrant sur des prolongements inédits sur toute la région. Une utopie vibrante et fédératrice, locale et globale, industrielle et populaire, qui repense la place de l’art et de l’artiste dans un univers standardisé, impliquant tout un réseau d'entrepreneurs extrêmement impliqués comme on le constatait le jour du vernissage. Gilbert Delaine qui parlait volontiers de far west dunkerquois avait vu juste !
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